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Interview Perspectiviste : Stephan Wistrand

Nouvelle interview cette semaine de Stephan Wistrand, talentueux  perspectiviste exercant actuellement à Rouen.

 

  Stephan Wistrand

 

 

Bonjour Stephan, peux-tu te présenter en deux mots ?

 

Salut ! Je m’appelle Stephan. Diplômé de l’École d’Architecture de Marne-la-Vallée, je travaille actuellement comme perspectiviste à Rouen.

 

Qu’est ce qui t’as amené à devenir perspectiviste?

 

Je suis tombé dans la 3D pendant mes études d’architecture, et j’ai ensuite approfondi sur mon temps libre, en autodidacte. En sortant de l’école, je me posais la question de m’orienter dans la 3D. Liée à l’architecture, naturellement. Une fois le diplôme obtenu, j’ai travaillé dans une agence d’architecture en tant que chef de projet, en faisant quelques images ponctuellement. Mon déménagement à Rouen m’a donné l’opportunité de me mettre à mon compte en tant que perspectiviste.

 

Est-ce que tu fais d’autres types de prestation? Film, édition, pub ou autre?

Je fais un peu de vidéo, j’aimerais bien en faire plus. Notre métier évoluant constamment, je continue quotidiennement de me former sur mon temps libre à l’image / vidéo à 360°, ainsi qu’à la 3D temps réel, pour de la visite virtuelle

 

 

Sous quel statut professionnel exerces-tu ?

 

J’ai commencé en 2014 en tant qu’auto-entrepreneur. Depuis le 1er janvier 2017 j’ai créé la société Komodo, sous le statut d’EURL.

 

Quels sont tes outils de prédilection?

 

3dsmax, Vray, Forest Pack et Photoshop pour la production d’images, After Effect et Première pour la vidéo.

 

Tu es plutôt 2D ou 3D ?

 

A mes débuts, mon workflow était assez axé 2D, c’est à dire que je faisais le minimum en 3D pour vite passer sur Photoshop pour les textures, végétation, lumière. Ce procédé permettait d’éditer assez facilement les images, condition indispensable pour travailler avec des architectes. Aujourd’hui je travaille presque en full 3D, et la vitesse de calcul des machines me permet de sortir assez rapidement des « patchs » que je viens recoller sur Photoshop en cas de modification de projet.

 

Préfères-tu travailler avec les architectes ou les promoteurs? et pourquoi ?

 

D’une manière générale que ce n’est pas une question de profession mais plutôt de personne, donc je n’ai pas de préférence tant que mon interlocuteur sait ou il veut aller et qu’il me laisse une certaine liberté. Ce sont les 2 conditions pour qu’une mission se passe bien.

Sur le plan de l’image, je préfère sans doute travailler avec des architectes qui vont faire des projets qualitatifs plutôt que du logement plus standardisé de promoteur. Car je ne le répète jamais assez, pour faire de belles images, il faut de beaux projets !

 

 

Peux-tu me décrire ton client idéal?

 

Un client qui respecte notre travail. Celui-ci demande des connaissances, du temps, de l’engagement et une part de risque. Étant au bout de la chaîne d’un processus de conception, notre prestation est primordiale pour le concepteur. Le lien le plus important étant – selon moi – la confiance que nous accorde notre client. Je pense que cela se ressent sur les images.

 

ton meilleur projet?

 

Un architecte qui n’est pas l’un de mes clients habituels, m’a sollicité pour un concours. Le projet est sobre, élégant, le chef de projet avec qui je suis en contact est efficace et respectueux, et me laisse une grande liberté, la mission se passe à merveille. Le concours est rendu, le client est content, il me contacte quelques mois plus tard pour me dire que le concours est gagné et me demande un devis pour réaliser une vidéo sur ce même projet. What else !

 

 

ton pire projet? As-tu une ou plusieurs anecdotes à ce propos?

 

Un concours public de conception-réalisation où l’équipe de maîtrise d’œuvre était constituée de l’entreprise mandataire, 2 équipes d’architectes associées et une autre petite agence d’architecture à qui les architectes ont sous-traité les dessins 2D et la maquette 3D. Et moi, en fin de chaîne, qui devait récupérer la maquette 3D pour faire un grand nombre d’images.

Les architectes étaient en retard, donc les dessinateurs aussi, les documents reçus incohérents entre eux, des prestations manquaient. Je me suis retrouvé à courir après les documents, à les recouper pour vérifier leur cohérence, à attendre des validations d’interlocuteurs lointains…

La conception souffre d’un trop grand nombre d’intervenants. Et logiquement, la production aussi.

Une autre anecdote, un peu plus drôle : j’ai pris une mission avec un ami de 8 images, qu’on a décidé de faire ensemble. On sort les 8 perspectives, le client semble content, on va boire notre bière de fin de mission. Le lendemain le client nous envoie les panneaux et là, c’est le drame : sur une des images l’architecte a rajouté un personnage qui n’avait rien à voir avec le contexte, pas du tout dans la lumière, au premier plan ! Sur un autre panneau, ils n’ont pas seulement cropé l’image en bas, ils ont remonté une partie de la végétation qu’il y avait en bas à droite d’une manière où on voyait les découpes au lasso de Photoshop. C’était incompréhensible qu’ils ne nous aient pas fait la remarque car nous avions fini dans les temps et ils nous en restait encore un peu s’ils voulaient encore des modifications. On était dégoûtés. Aujourd’hui, on en rigole, mais ça pose la question du droit d’auteur; ces images sont notre travail et nous représentent professionnellement.

 

Qu’est-ce que tu aimes et tu détestes dans ce métier?

 

Vivre de ma passion, je pense que c’est une chance incroyable. Relever les défis qui se présentent, trouver des solutions, tomber sur un script magique, faire de la recherche, de la veille…j’adore ça.

La liberté donnée par le statut d’indépendant joue grandement aussi. Ce n’est pas que le métier, mais le statut également qui fait qu’il n’y a pas de routine, un peu de pression, jamais d’ennui.

Dans le métier, je ne déteste pas grand chose. Dans la gestion je peux être amené à faire des choses que j’aime moins, comme courir après le client pour réclamer de l’argent ou faire de la prospection commerciale. Mais ça me fait sortir de ma zone de confort, c’est bien aussi.

 

 

Comment vois-tu l’avenir de cette profession?

 

Question difficile, tout évolue très vite. Que ce soit au niveau hardware ou logiciel, j’ai l’impression que les évolutions sont exponentielles. Avec l’arrivée du BIM j’ai entendu dire que notre métier allait disparaître, je n’y crois pas du tout. Il change un peu, sans doute qu’on aura à l’avenir de moins en moins de modélisation mais on sera en revanche plus exigeant en terme de rendu, de composition, de qualité d’image.

J’ajouterais aussi qu’aujourd’hui, on a des grandes agences de 3D architecturale et une myriade d’indépendants, je pense qu’on va aller vers des regroupements d’indépendants sous des formes hybrides de collectifs, un peu comme les regroupements de médecins libéraux. Et c’est une bonne chose, car on va tendre vers une mutualisation de compétences, de moyens.

 

Qu’est-ce que tu dirais a une personne qui veut se lancer dans le métier de perspectiviste?

 

Que c’est un beau métier, de passionné. Mais comme dans tous les métiers, pour assurer la pérennité de son activité, il faut posséder une compétence de gestionnaire et une compétence commerciale. Même si ce n’est pas inné, ça se travaille et on peut toujours s’entourer ou s’associer. Courage ! ça en vaut la peine.

 

Merci beaucoup Stephan pour avoir pris le temps de répondre à mes questions et partager ton expérience !
Vous pouvez consulter tous les travaux de Stephan sur son site internet.

 

1 commentaire a été ajouté, a votre tour.

  1. Maxime

    Bonsoir Nicholas,

    Je viens de découvrir ton blog grâce à un article d’un autre blog et je dois dire que je suis agréablement surpris.

    Perspectiviste, quel métier passionnant.

    Amicalement.